C’est magnifique de pouvoir
généraliser
Il y a les juifs, les arabes, les noirs, les blancs, les homos,
les blondes…
Toutes ces étiquettes qui
permettent de classer les autres,
De les répertorier
Avant de les broyer.
Monsieur Dieudonné M’bala M’bala, tu me fatigues.
Chaque fois que ton nom est prononcé, on parle de Shoah,
de juifs,d’antisémitisme.
Le ton monte, on se conspue. Est-ce là ta paix ?
Certains de mes contemporains affirment à ton sujet
« Il dit tout haut ce que l’on pense tout bas.»
La dernière fois que j’ai entendu ça, on parlait
de Le Pen. Bonne nouvelle ! En 2007 t’as tes chances aux
présidentielles. (Cqfd)
Monsieur M’bala M’bala, ça pue !
Je ne pense pas tout bas ce que tu distilles tout haut.
Pourrais-tu affirmer qu’aucun noir n’a participé à
la déportation des esclaves ?
Pourrais-tu affirmer que les noirs n’ont pas d’esclaves ?
Pourrais-tu affirmer qu’aucun des tes ancêtres n’a vendu
aux marchands d’ébènes l’aïeul de ma famille qui a
dû, sous la menace du fouet, donner la vie à des
générations de ramasseurs de coton sur une terre
étrangère ?
Pourrais-tu affirmer que dans ta propre famille, qu’elle soit
blanche ou noire, personne n’a jamais vendu personne ?
Pourrais-tu affirmer que l’Afrique du nord, qui a certes subi le
joug de la colonie, n’a jamais pratiqué la traite ?
Pourrais-tu affirmer qu’autour de toi, parmi les tiens, il n’y a
eu aucune lettre de dénonciation de juifs quand la France de
vichy accouchait de quarante millions de délations anonymes ?
Je suis consterné de l’immensité de tes
certitudes.
Dieu t’as-t-il été donné ?
Es-tu donc l’Élu ?
Ah si c’était si simple ! Mais les portes des fours
crématoires étaient tenues par des blancs et les
machettes du Rwanda par des Noirs.
Communauté ? Quelle communauté ? Nous avons en
commun une particularité chromatique, une concentration de
mélanine dans l’épiderme. Quelques milligrammes
supplémentaires d’une protéine omniprésente dans
le vivant suffisent-il à faire une communauté ?
La seule chose que nous ayons en commun c’est que les gens nous
voient marrons et disent « noir ». La seule chose que nous
ayons en commun ce sont les autres.
Mon père est né dans un pays occidental et moderne
dans lequel les noirs n’avaient pas le droit de monter dans les
mêmes bus que les blancs. Il a souffert toute sa vie les
blessures de la ségrégation, du racisme. Ma famille,
comme tant d’autres, porte dans son histoire passée et
présente les stigmates de l’esclavage. Des âmes
blessées, au-delà de la chair, ne sachant plus comment
retrouver l’estime d’elles mêmes tellement le monde les a, depuis
des siècles et sur des générations,
bafouées, humiliées, ravalées au rang de
marchandises.
Les juifs, les gitans, les roms, les amérindiens, les
aborigènes, les noirs, les tutsis, les pauvres, les femmes, les
homos, les protestants, les musulmans, les chrétiens... La liste
est longue de ceux qui peuvent se trouver une communauté de
souffrance dans l’exclusion et la persécution dont ils sont ou
furent victimes. Les diviser c’est aider le bourreau à
régner.
Sacraliser sa souffrance, la hiérarchiser, la comparer,
jalouser la considération dont l’autre est l’objet, c’est
cultiver sur la terre de la
légitime douleur, les fleurs du ressentiment, de la
colère, de la revanche.
Leurs pernicieuses et puissantes fragrances transforment les
victimes enivrées en bourreaux acharnés.
Le leurre de la communauté –qu’elle soit juive, aryenne,
noire, musulmane, ou autre- est un leurre fasciste.
Je relisais l’article N°1 du Code Noir dont tu
t’apprêtes à faire un film :
« Voulons et entendons que l’Édit du feu Roi de
glorieuse mémoire, notre très honoré seigneur et
père, du 23 avril 1615, soit exécuté dans nos
îles, ce faisant, ordonnons à tous nos officiers de
chasser hors de nos îles tous les juifs qui y ont
établi leur résidence, auxquels, comme aux ennemis
déclarés du nom chrétien, nous commandons d’en
sortir dans trois mois, à compter du jour de la publication des
présentes, à peine de confiscation de corps et de biens.
»
Est-ce ce code-là qui régit ta vie ?
Monsieur M’bala M’bala, je suis las
Crois-tu que tu n’aies jamais fait souffrir personne ?
Orgueil peut-être ?
Dieubafoué
L’ange est déchu.
Sinistre comédie.