I HAD A DREAM

de Vincent Byrd Le Sage
(pièce en Français)

Emma est noire, Odile est brune, Isabelle est blonde.

Ces trois jeunes femmes en quête de gloire se retrouvent prisonnières, abandonnées sans repère. La situation les dépasse. Dans une atmosphère de compétition, livrées à elles-mêmes, elles s'affrontent sur le terrain des apparences. Leur peur de l'autre (xéno-phobie) se révèle sous ses milles visages.

Chacune y va de ses a priori, c'est un festival de coups de gueule, de griffes, de rires et de larmes. Et qui donc est noir ? qui est petit ? qui est juif ?…Une à une, les peaux de l'apparence deviennent translucides et se détachent. Cette mue progressive met à jour la simplicité de leurs douleurs et de leur besoin d'amour

"Mais alors, se demande à juste titre l'observateur averti, laquelle des trois a le monopole de la souffrance ?"

Alors apparaît l'homme, l'autre "Autre", celui qui est l'Étranger, parce qu'on a tant fréquenté le premier "Autre", que l'on finit par se trouver plein de points communs. on "sait" qu'on se comprend. Mais l'Étranger (faudra quand même un jour s'en débarrasser une bonne fois pour toute !) est tout à la fois source de cohésion et de division. Même devant l'Autre on n'est pas égaux -Dieu que la vie est injuste ! (vous n'avez pas fini de Le déranger ?).

La paix qu'elles croyaient avoir gagnée fait place à nouveau à la confusion. Elles rejettent l'homme.

Sa présence devient absence, l'absence laisse comme un vide que la nature se plait à combler. Il n'était pas celui dont elles rêvaient. Pourtant il était. Ce vide ébranle leurs certitudes, fait naître le doute, et le doute, il faut s'en débarrasser (vous voyez qu'on y vient). Elles décident donc d'en finir avec Lui.

Parce que cet Autre là ne souffre pas ?


Comme dans un rêve ou un cauchemar, les évènements se succèdent en un désordre apparent. La structure narrative permet alors aux personnages d'aller au bout d'un irrépressible besoin de dire l'essentiel.

La langue est ouvragée, poétique, parfois simple voire crue. Les protagonistes se livrent une lutte âpre et passionnée pour prouver qu'elles existent. Pour trouver leur place, elles expriment tout haut, avec plus ou moins de bonheur et de délicatesse, ce que d'aucuns taisent par crainte, sens moral, ou pudeur.

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EXTRAITS (tout petits certes)

EMMA : (un demi rire amer) t’as compris?
Avant même que je ouvre la bouche, dès que j’apparais c’est marqué, là partout, JE SUIS UNE NEGRESSE.
C’est moi l’africaine, la sauvage, qui a le sens du rythme et la sensualité fauve.

EMMA :Elle fait vraiment chier la blanche, pourquoi on l’aiderait?
ODILE : c’est une femme....

ISABELLE  Hurle de douleur

EMMA : Bon, on fait quoi, faut se dépécher, elle va pas bien là....

ODILE : 1 garder son calme... Euh... Bon une bassine d’eau, des linges propres, des blouses et des gants...


ISABELLE : je veux le voir, je veux le voir montre le moi
il est normal?

EMMA : Normal, blanc.

ODILE : C’est un garçon, brun

ISABELLE : Fais voir... J’en veux pas

ODILE : comment ça?

ISABELLE : Quand j’ai passé commande à l’insémination j’ai demandé une fille blonde. On m’a assuré que les
programmations génétiques garantissent le résultat. C’est contractuel.



 
EMMA : Qui t’es toi?

H : Je suis l’homme, votre ombre, la puissance intrinsèque le retour incessant de vos voix intestines...

ISABELLE : qui c’est qui a écrit ça?

ODILE : je sais pas mais il est baré

Emma et Isabelle entourent l'homme, commencent à le caresser, le toucher se fait plus pressant. ODILE les regarde consternée.

ODILE : ça s’arrange pas c’t’affaire

H : Vous êtes chairs de ma chair, je ne suis rien sans vous, sans moi vous ne seriez pas.  Je suis ici celui qui révèle...

ISABELLE lui met le doigt sur la bouche

EMMA : Shhhhhut 

ISABELLE : C’est moins bien quand tu parles. 

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